Médiathèque Nelson Mandela
La projection de Liminal Express, organisée à la Médiathèque Nelson Mandela de Gardanne, a réuni de nombreux participants venus découvrir le film et partager un moment d’échange. Tout au long de la séance, l’émotion, la curiosité et l’intérêt suscités par l’œuvre se sont fait ressentir, donnant naturellement naissance à de riches discussions.
À l’issue de la projection, les spectateurs ont été invités à prolonger l’expérience par l’écriture. Sans consigne imposée, chacun a pu déposer quelques lignes, une réflexion, une émotion ou un souvenir inspiré par le film.
Vous trouverez ci-dessous ces textes, publiés avec l’accord de leurs auteurs. Ils témoignent de la diversité des ressentis et illustrent la richesse des échanges que Liminal Express suscite à chaque rencontre.
Parce qu’au-delà de la projection, c’est aussi le dialogue qui fait vivre le film.
Funambule hors d’atteinte
Au loin les ténèbres mais autour aussi
Le train s’élance dans les profondeurs des terres, ses roues frottent l’acier bruits et bercements
En dessous l’ignorance et partout la terreur, interdiction de tirer l’alarme sous peine de, sous peine de rien elle est déjà là
Le train sans aucun arrêt déchire l’espace, qui est aux commandes, interdiction de descendre,
Interdiction de comprendre, pas de contestation pas d’opposition
Tirer l’alarme ne sert plus à rien
Le wagon central accueille ceux qui doutent on y rentre, peut-être y sommes-nous déjà, un petit geste, une bulle d’air, un vent contraire, wagon central
Les hurlements s’emmêlent, le vent les rappelle, sentinelles de la nuit, des rails à l’infini, à l’infini
Le début n’a pas de fin si tu inverses l’orientation de ton corps le début est devant, il est toujours là et la fin aussi, tu peux allonger ton corps et t’écouter hurler de l’intérieur
En toi le voyage est autre l’absence freine la vitesse du déplacement
Si c’est la mort que tu pressens ou que tu touches le train continue inexorablement sans scrupules ni haines sans conscience.
Christelle MOHAMMADI
Exister Réussir à être soi
Être moi Dans ce monde Complexe Qui projette sur nous, sur moi, Une image Le jeu consiste à ressembler le + possible à cette image Plus je ressemble à l’image Plus ma performance est reconnue Plus j’existe aux yeux des autres Plus j’oublie qui je suis Et je passe ma vie, tantôt à tenter d’apparaître comme l’image, tantôt de retrouver ma propre essence. Parfois sans faire exprès, je surgis dans un éclat de rire, dans une danse dans ma cuisine à l’abri des regards. Il peut arriver que je resurgisse dans un échange de paroles, dans un échange de regards, dans un peau à peau… Et mon âme peut enfin se reposer, dans cette spontanéité. J’entends son inspire, son expire, les battements de son coeur. J’entends sa douceur, l’amour qu’elle incarne. Je la vois plonger dans l’eau bleue pétillante. Je la vois refléter les éclats du soleil, comme des étoiles qui ont bu trop de champagne et qui rient dans un écho infini, et qui se prennent dans les bras, et qui dansent, font la roue, dévalent les pentes d’herbe verte, grimpent aux arbres pour se laisser balancer sur les branches la tête à l’envers. Puis elles partent en voyage, cheveux au vent, sourires aux lèvres, à la découverte de l’univers. Elles retournent ainsi à la maison, où les bras de l’énergie d’amour les accueillent pour un long et doux bercement éternel. Nous sommes tous des étoiles scintillantes en quête d’un amour infini.
MIYOKO
Éclore
Éclore éclore de ce chaos
Celui dans lequel on m’a enfermée
Une porte, Une porte
Elle se pousse
Une lumière
Un espace
Elle est là imperceptible
Cette vision
Déjà vu
Je l’ai déjà vu
Ce film le mien, le sien,
Le nôtre , le vôtre ?
Oui je suis passée aussi
Par cet espace clos
Cet espace clos sans fenêtre
Où j’y ai laissé mon être
Ce film vu de l’intérieur
Je l’ai ressenti
Au plus profond de mon être
Une claque
J’ai pris une claque
Un retour à la case départ
NON ! NON !
Juste un chapitre qui
Se referme
La fin
Y-a-t-il une fin ?
NON ! NON !
Éclore éclore
Et Laure elle renaît
À travers ses images
Ses mots
Cette main tendue
Celle qui a fait débuter
Un chapitre
Il y a deux ou trois ans
Je ne sais plus
Le temps ne compte plus
L’espace, de l’espace
Respirer, Respirer
Renaître, Renaître
Tel un phœnix
Je suis Laure
Et je vous Emmerde !!!
Laure Vaissié
Manifeste de désobéissance intérieure
L’immuable stagnante horizon.
Le plancher de mon regard ; la ligne infinie qui sépare le haut le bas, le blanc et le noir.
L’entre deux. La séparation parfaite de deux mondes opposés mais reliés.
Reliés par un point, une mire qui se promène en moi et en dehors.
L’uppercut que je reçois il vient d’en haut. Je le recrache vers le bas.
Le partage sans approbation, sans concession d’un moment unique entre moi et moi.
Seule condition : être là, être ailleurs, être partout, s’en aller nulle part.
Être moi. C’est si difficile : Et pourtant mon existence a pris pied dans mon cœur, dans mon âme. Elle n’est pas consciente de ce corps qui la porte et l’encourage.
Et puis merde. L’acceptation c’est quoi ? C’est l’action d’accepter.
Mais je n’accepte pas, je ne tolère plus. Pour autant, je ne suis pas en colère.
Je conscientise mes différences.
Elles ne vous plaisent pas ? Tant pis !
Je ne changerai pour vous ; seulement pour moi. Et aujourd’hui, je n’en n’ai pas envie.
L’horizon me rappelle que malgré la dureté de la vie ou les choses merveilleuses qui peuplent ce monde, il y a la ligne séparatrice qui mélange, qui désordonne et qui n’obéis à personne.
SANDRA
Sujet 16
Je ne sais plus mon nom. Ici, on m’appelle Sujet 16. J’ai perdu le compte des jours. Ce soir j’essaie de partir d’ici. J’ignore pourquoi, je n’entends pas les infirmiers passer devant ma chambre. Je fais semblant de dormir jusqu’au milieu de la nuit. Puis sans prévenir, j’ouvre la fenêtre et saute dans le chêne qui me tend ses branches. Ça me rappelle mes escapades quand j’étais gamin. Sauf que dès que mes pieds touchent la terre fraîche, la réalité de l’instant présent me rattrape. Mon avant-bras droit me démange. Je ne me drogue plus depuis bien longtemps mais ce sont les symptômes du sevrage d’après les médecins comme le docteur Durand. Alors, malgré la douleur, je cours de toute mes forces, aussi loin que possible de cette geôle. L’air humide et glacial de la nuit brûle l’intérieur de mes poumons. Je me retourne sans cesse, de peur d’être suivi, mais rien. Au bout de ce qui me paraît être deux heures je m’arrête dans un parc et reprend mon souffle.
Cette nuit a été les premiers instants d’une longue cavale. J’ai longtemps couru, fait du stop en ayant peur de ce que j’allais voir par-dessus mon épaule. Mais je ne vis jamais rien. J’ai réussi durant mon périple à aller jusqu’en Italie. Je n’avais bien sûr ni papiers ni argent mais un restaurateur proche de la frontière m’a dit : « Écoute, tant que tu ne me poses pas de soucis tu peux bosser et manger ici. » J’étais au paradis. Ce qui me maintenait dans ce bas monde, c’était ces foutues douleurs dans l’avant-bras. Je ne me grattais jamais en public par honte et peur d’attirer l’attention.
Dans ce restaurant j’ai rencontré Orphéa. Une femme magnifique. C’était une client à la longue chevelure noire et des yeux d’un bleu océanique profond. Si elle a attiré mon attention, c’est par sa beauté mais pas seulement. Elle aussi faisait glisser ses ongles sur sa peau.
Pour la suite, je ferais court. Nous nous sommes mariés 5 ans plus tard. Nous sommes partis pour l’Espagne et avons eu deux enfants. Ils ont grandi et ont eu eux aussi à leur tour des enfants. Un matin je m’éveille à nouveau dans un lit d’hôpital, la peau ridée, le souffle court. Un chêne a l’air de me faire signe par ma fenêtre. Il est si proche. Parfois la nuit, ses branches frappent le carreau. Je sens Orphéa qui tient ma main, je sens mon bras qui me gratte mais je suis à présent trop affaibli pour l’atteindre. La dernière chose que j’entends c’est le long son aigu de l’électrocardiogramme qui ne perçoit plus rien.
Épilogue
Le docteur Durand sort de la chambre du sujet 16 et se rend à l’extérieur sur le patio de l’hôpital. Il prend un café à la machine et passe la porte. Prendre l’air est nécessaire pendant sa pause. Un jeune interne vient à sa rencontre l’air préoccupé.
— C’est toi qui t’occupes du sujet 16 ? demande l’interne.
— Oui pourquoi ?
—Quand il me raconte sa vie, je ne sais jamais si c’est vrai ou s’il raconte des bêtises.
—C’est simple il faut lui poser une question, répond-il calmement avant de boire une gorgée de café.
—Ah bon ? Laquelle ?
— « Est-ce que votre bras vous grattait à ce moment-là ? » Si la réponse est oui, c’est un rêve. Il ne s’est jamais drogué.
RAYANE



